Depuis 2015, l'ONG SOS Méditerranée affrète des navires de secours en Méditerranée centrale, la route migratoire la plus meurtrière au monde. Avec Save Our Souls, Jean-Baptiste Bonnet suit une mission à bord de l'Ocean Viking sur deux temps : l'attente d’un sauvetage, puis les rencontres avec les rescapé·es au cours du trajet. Jusqu’à un perpétuel recommencement ?
La Méditerranée centrale, entre la Lybie et l’Italie, est depuis plus d'une décennie la route migratoire la plus meurtrière au monde. En 2025, l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) recense 2 108 morts. Les deux premiers mois de 2026 enregistrent 606 décès, un chiffre sans précédent pour cette période. C'est dans ce contexte que SOS Méditerranée, association civile de sauvetage en haute mer, opère depuis 2015. En dix ans, l’ONG a porté secours à 42 577 personnes.
Jean-Baptiste Bonnet, photographe de formation, passe près de huit semaines à bord pour ce premier long métrage construit en deux temps distincts. La première partie est celle de l'attente et du sauvetage : Bonnet filme ce qu'il appelle le « temps de suspension » aux portes de l'Europe. Les images sont colorées, la mer tranquille sous un ciel de vacances. L'organisation à bord est pourtant quasi militaire : l’équipage international communique en anglais par radio, suit des protocoles stricts, établit des procédures. Puis l'urgence surgit. On voit les garde-côtes libyens intervenir de manière agressive dans les eaux internationales. Plus d’une centaine de rescapé·es montent à bord. Ils et elles recevront des premiers soins, porteront des numéros, et seront vite préparé·es à ce qui les attend par la suite.
Le film gagne en complexité sur la seconde partie, celle du trajet vers la côte. Le rythme change, les plans s'allongent. D'un côté, les sauveteur·euses continuent de fonctionner selon leurs procédures : le cadre légal, les protocoles, la logistique de l'accueil de plus de cent personnes dans un espace restreint n'autorisent pas d'autre approche. De l'autre, les survivant·es ont besoin de parler. Une chanson, une photo, un prénom. Les échanges se font en anglais de fortune. Le trafic humain, l'esclavage, la mort reviennent dans presque tous les récits. Les sourires n'effaceront pas la dureté des regards.
Le débarquement en Italie clôt le film sans le conclure. Pour l'équipage, une nouvelle mission recommencera. Pour les migrant·es, c’est le début d’une autre étape sur leur long parcours. Save Our Souls est, selon les mots du cinéaste, « une goutte d'humanité dans une mer de détresse ».
Réalisation : Jean-Baptiste Bonnet
Ecriture : Jean-Baptiste Bonnet
Production : Habilis Productions
Production : Andana Films
Distribution : Andana Films
Distribution : Andana films
Distinctions et récompenses
Perception Change Award, Visions du Réel, Nyon, 2024 Transpalux Prize, Festival du Film de Saint Paul Trois Châteaux, 2024 Amnesty International & On Demand Distribution CG Entertainment Award, Festival Dei Popoli, Florence, 2024 Signs Award, Internationales Festival Zeichen der Nacht, Berlin, 2024 Prix du Public, Prix des étudiant·es, Filmer le Travail, Poitiers, 2024 Broken Silences Award, Best Social Political Feature, Doc.Coimbra, Coimbra, 2024 Prix du public - Au Cinéma pour les Droits Humains - Amnesty International, 2024- Couleur : Couleur
- Langues : Anglais, Arabe
- Date de production : 2024
- Pays de production : France
- Titre original : Save Our Souls
Plus d'infos
« Avec la participation de France Télévisions - 25 Nuances de doc ».
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La beauté de Save Our Souls réside dans le fait que le sauvetage en mer filmé par Jean-Baptiste Bonnet passe d’une intervention millimétrée de l’équipe d’SOS Méditerranée à un temps tout autre, celui du retour aux côtes européennes et des rencontres entre sauveteur·euses et exilé·es. Du départ du navire de l’ONG jusqu’à l’intervention en mer, la méthode rigoureuse et les visages des sauveteur·euses sont au premier plan, les rescapé·es restent encore groupé·es et anonymes. À cela succède des jours vécus ensemble sur le bateau où la parole et les visages des réfugiés sont filmés. Ce temps de la vie collective –sauveteur·euses et exilé·es côte à côte – se déploie dans la durée et permet à la personnalité de quelques-uns de se révéler. Les récits des parcours de migration qui sont alors racontés par les rescapés nous interpellent sur leurs douleurs physiques et psychiques. L’humanité dont témoigne Save Our Souls contraste avec l’extrême violence subie par les exilé·es et avec celle dont fait preuve la politique européenne dans l’accueil qui leur est réservé.

