Sous la ville de Las Vegas et son avenue des casinos, le célèbre strip, serpente un réseau tentaculaire d’évacuation des eaux pluviales. Environ 2 000 personnes survivraient dans ce labyrinthe de béton, dans la pénombre vacillante des éclairages de fortune.Jean-Baptiste Thoret est critique et historien du cinéma. Après We Blew It (« Nous avons tout gâché »), un premier film sur les traces de l’Amérique des années 1960 qui rêvait de changer le monde mais a fini par voter Trump, le cinéaste pratique avec The Neon People une forme d’urbex (exploration urbaine), à la rencontre d’une poignée des 770 000 sans-abris recensé·es dans le pays en 2024 par l’administration fédérale.Sa camera obscura dévoile un paysage évanescent aux couleurs crues, double inversé et souterrain des grandioses paysages popularisés par le cinéma américain, pour éclairer la cruelle réalité de l’extrême pauvreté aux États-Unis. Le labyrinthe de béton canalise les pluies torrentielles qui peuvent s’abattre sur le désert de Mojave, où a été construite ex nihilo la fameuse ville du Nevada. Vitrine clinquante du mirage de l’argent pour tous·tes, Las Vegas hante elle aussi le cinéma hollywoodien. Le contraste est ici saisissant entre le pays de Cocagne et l’envers du décor.Contrairement au New York des bas-fonds mise en scène par Samuel Fuller dans Underground USA, le « peuple des néons » est une cohorte d'invisibles, caché·es le jour, réduit·es à la mendicité la nuit. Mais à l’instar du trailer park filmé par Gianfranco Rosi dans Below Sea Level, Brandi, Jerry, Scott, Tony et les autres forment une communauté précaire. Leurs récits d’outre-tombe délivrent une réflexion sur le sens de la vie arrachée à sa misère, autant que la cartographie fragmentaire d’une caverne, à tout moment menacée de submersion.Les résident·es des interstices de la City of Light ne sont pas réduit·es pour autant à des allégories de la misère. Au contraire, chacun·e porte sa vie à bout de bras, envers et contre tout. Avec un sens aigu de la fraternité et de l’amour, loin du regard des autres, elles et ils confient dans leur écrin obscur, leur solitude, leurs tourments, leurs espoirs empêchés. Jean-Baptiste Thoret les filme en chemin vers le chaos du monde, dans lequel rien n’est jamais joué d’avance. En les sublimant par les musiques de sa composition, le cinéaste parvient pendant un court moment à restaurer toute leur dignité.
Réalisation : Jean-Baptiste Thoret
Ecriture : Jean-Baptiste Thoret
Production : Kidam
Production : Tarentula
Distribution : Kidam
- Couleur : Couleur
- Langue : Anglais
- Date de production : 2024
- Pays de production : France, Belgique
- Titre original : The Neon People
- Disponible jusqu'au : 22 octobre 2036
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Pour aller plus loin, lire le dossier de presse de Lost film distribution
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