Presque 60 ans après son voyage au Soudan, Marie-José Tubiana n’a pas oublié celles et ceux qui lui ont offert l'hospitalité. Aujourd'hui, leurs descendants fuient les villages incendiés du Darfour.
Venus chercher protection en France, ils trouvent chez l’ethnologue une aide inespérée. Déboutés par l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), les demandeurs d’asile se rendent au domicile de l’ethnologue comme en dernier recours. Marie-José Tubiana n’est pas une retraitée comme les autres. Sa mémoire reste claire malgré la fatigue de son grand âge. Son appartement recèle un trésor d'archives, constitué à partir de son travail de terrain au Darfour occidental. Elle peut ainsi identifier par exemple un petit village, aujourd’hui rayé de la carte après les exactions des milices Janjawid d’Omar el-Béchir. Grâce à ses talents d'enquêtrice, elle parvient à identifier les clans et les filiations, à tracer les lieux du crime et les chemins de la fuite vers l’Europe. Surtout, elle sait instaurer une confiance qui délie les langues des victimes, sans jamais les brusquer. Les notes qu’elle rédige pour leur dossier de recours vont décider de leur chance de vivre dans notre société.
La rencontre avec Youssef, Naseem, Abdelrhaman, Bakhita et Osman est donc cruciale. Et pourtant, Camille Ponsin la filme avec la précision de l’ethnologue. Surtout, le réalisateur nous donne à voir des paysages, des gestes et des visages inoubliables. Tout un monde prend à nouveau vie sous nos yeux. Grâce aux sublimes photographies et films de l’ethnologue formé à la caméra par Jean Rouch, nous mesurons mieux ce qui a disparu aujourd'hui. Nous appréhendons les tenants d’un conflit que nous connaissions à la télévision, sans pouvoir lui donner de visage. Nous voyons ce que la violence religieuse et politique a inscrit dans la terre comme dans les âmes, jusque sur le corps des victimes. Heureusement pour eux comme pour nous, à des milliers de kilomètres du Soudan, une parole incontestable continue à rendre justice à la vérité. Marie-José Tubiana nous réconcilie avec notre Humanité.
Réalisation : Camille Ponsin
Ecriture : Camille Ponsin
Production : Minima productions
Distribution : KMBO
Composition musicale : Pauline Buet
Composition musicale : Jonathan Saguez
Composition musicale : Emmanuel Touchard
Distinctions et récompenses
Grand Prix documentaire national, FIPADOC, Biarritz, 2022 Prix Fleury doc, Festival Jean Rouch, Paris, 2022- Couleur : Couleur
- Langue : Français
- Date de production : 2022
- Pays de production : France
- Titre original : Marie-José vous attend à 16h
Plus d'infos
Des sous-titres en français pour les personnes sourdes et malentendantes sont disponibles : cliquer sur la molette en bas à droite du lecteur vidéo et sélectionner Français ou Sourds & Malentendants : Regarder le mode d'emploi des sous-titres
Lire l'entretien entre Camille Ponsin et Marie-José Tubiana dans le dossier de presse.
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2022
SD
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La Combattante rend hommage au travail et à l’engagement de Marie-José Tubiana en faveur des réfugiés du Darfour, territoire de guerre et de génocide depuis 2003. A plus de 90 ans, cette ethnologue africaniste mobilise tout son savoir de terrain (répertorié dans ses archives personnelles qui ont envahi son appartement et sa cave) pour établir de manière scientifique la preuve de l’origine de personnes déboutées du droit d’asile politique en première instance. Recours ultime pour la procédure d’appel, capable de chercher une nuit un mot en dialecte ou un village (aujourd’hui disparu) sur des cartes établies entre les années 60 et le début de la guerre, Marie-José reçoit les réfugiés chez elle, rédige avec leur vécu et son expérience des attestations qui peuvent changer, voire sauver leur vie. Par son écoute attentive et méthodique, elle crée un climat de confiance propice à la (re)formulation de témoignages circonstanciés. « Mission sacrée », elle représente le contre-don du don que lui firent les peuples du Darfour pendant soixante années de recherches. Le dépôt de ses archives, leur inventaire, sont une urgence afin de préserver la mémoire du Darfour et de continuer ce nécessaire travail humanitaire.

