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La Fabrique des garçons (Masculinité, partie I)

Deux garçons se disputent dans un quartier populaire du 19e arrondissement de Paris. Deux autres se battent dans une cour d'école en Auvergne. On leur dit qu'ils sont forts, mais pas qu'ils ont le droit de pleurer. Plus loin, dans les montagnes de Macédoine du Nord, cinq frères bergers apprennent la même chose sans qu’un adulte ait à le leur dire. Ces trois films regardent comment la masculinité prend forme dans l’enfance, geste après geste, presque à l’insu des garçons.
Pour de vrai, virilité en chantier

L'amitié masculine se construit dans le conflit ! Dans Pour de vrai, Mady et Merouane, dix et onze ans, se disputent beaucoup. La cinéaste Maria Claudia Blanco les suit dans un quartier populaire du 19e arrondissement de Paris, entre les rails de la Gare du Nord et le béton des HLM. Ce qui nous est donné à voir pendant ces vingt minutes : deux garçons qui s'éloignent et reviennent, se provoquent puis font la paix, et ce, sans jamais s’expliquer. Mady et Merouane absorbent des codes qu'ils n'ont pas vraiment choisis, et apprennent, avec envie et malice, une virilité par mimétisme.

Être et avoir, la bagarre et les larmes

Dans Être et avoir, presque la même scène, mais des années plus tôt et dans un cadre très différent : deux garçons se battent dans la cour de récréation d'une petite école rurale d'Auvergne. Georges Lopez, l'instituteur, les convoque et apaise la situation. Il leur dit qu'ils sont tous les deux aussi forts l'un que l'autre, et qu'ils devront faire face à deux contre les autres dans la cour du collège l'année prochaine. Dans ce classique du cinéma documentaire, Nicolas Philibert filme un homme calme, patient, attentif à chacun de ses treize élèves. Mais quand il s'agit de consoler deux garçons, et que l'un pleure, le câlin ne vient tout naturellement pas…

La montagne ne bougera pas, l'initiation de la montagne

Hors de France, sur les pentes de la montagne Šar en Macédoine du Nord, cinq frères bergers gardent leurs bêtes depuis l'enfance. Le très beau film La montagne ne bougera pas démontre qu'il n'y a besoin d'aucune institution sociale : la fratrie et la montagne suffisent à devenir homme. Le plus jeune des frères, à peine cinq ans, roule déjà une cigarette, un geste évidemment appris en regardant les grands. Il n'y a pas de femmes si haut dans les montagnes, et donc pas d'autre modèle en vue, seulement les façons des anciens (auxquels on se réfère) et les figures de héros ou de cowboys (dans lesquelles on aime à se reconnaître). La transmission se fait par le geste, dans la traite et la fabrication du fromage, par les jeux de bagarre, par les disputes fraternelles. Ici et ailleurs, les garçons, afin de devenir des hommes, passent par les mêmes rites…