les yeux d'oc

48

48

Quarante-huit, c'est le nombre d'années qu’a duré la dictature de Salazar au Portugal. Pour évoquer cette période (1926-1974) la réalisatrice a choisi de recueillir les paroles des opposants au régime, incarcérés et torturés dans les prisons par la PIDE - Polícia Internacional e de Defesa do Estado (Police Internationale et de défense de l'Etat) -, la police politique. Tous les souvenirs sont diffusés en voix off, tandis que se détachent sur le noir de l'écran (comme une mémoire déchirée) les photographies anthropométriques de la police. Ce que nous disent ces hommes et ces femmes, c’est ce que leur image tait. Les visages, le plus souvent figés et inexpressifs, ne retrouvent un semblant de vie qu’à travers l'évocation, les mots qui témoignent des peurs, des humiliations, des tortures, des années de prison. Entre les visages et les paroles se dessine la trace de l'horreur vécue. Parfois le manque de photos (fichiers perdus, détruits) laisse la place au plan nocturne d'un arbre ou d'une clôture, signe que le bourreau a définitivement anéanti sa victime. Le film est construit selon le mouvement uniforme d'apparition et de disparition des photos en noir et blanc, tandis que les voix parlent, hésitent, font lien avec l'image, s'articulent au souvenir ou scandent la perte. (Catalogue Cinéma du réel 2010)

Voir un extrait