les yeux d'oc

Happy End

Happy End

Le réalisateur, comme son père quarante ans auparavant, est atteint d'un cancer rénal. Ce carcinome en héritage, pourrait-on dire, est le point d'ancrage d'une réflexion sur lui-même, sur la maladie, qui n'emprunte pas un chemin conventionnel. Nous sommes ici dans une sorte de distanciation où ironie et poésie se mêlent tandis que le mal progresse avec des métastases au cerveau. Après être entré avec prudence dans la maladie comme un chat étire ses pattes, Szymon Zaleski cherche par tous les moyens à s'en sortir, suivant tous les conseils de ses amis. Il honore les rendez-vous des oncologues de Paris et de Bruxelles, se soumet à leurs prescriptions mais suivant la sagesse des anciens Grecs qui prône que « Quand on n'a pas une âme forte, il faut avoir de bonnes jambes », il part, change de continent pour accéder, se laisser aller aux pratiques chamaniques d’Amazonie comme à celles de guérisseuses d'Amérique latine. Il rencontrera également un maître de Ch'ikong et une sommité des médecines naturelles. Le film joue sur les déplacements spatiaux, les champs/contre-champs entre médecine d'ici et d'ailleurs tandis que la temporalité est assumée par la voix off, celle du réalisateur qui tient un carnet de route, un carnet de bord de ses voyages en terre chamanique comme en hôpital occidental. Le film oppose à la maladie, l'humour avec une double constante : la course à pied/pulsion de vie (pratique et grande fierté du réalisateur : 39'29" au 10 km de Cambrai, « la course de la bêtise ») et les chiens qui çà et là apparaissent dans le film ; Laïka, surtout, la première chienne cosmonaute, sorte de projection du réalisateur qui, harnaché de son casque pour les traitements de radiothérapie et subissant tant de scanners, a peut-être quelque chose en commun avec la petite chienne astrale dont tous les comportements furent observés. Road-movie sans grandiloquence ni lyrisme, ni pathos, « Happy End » reste la course/quête/fuite d'un homme à la recherche de médicaments comme de significations à donner à sa vie dont il sait qu'elle ne tient qu'à un fil, d'autant que le mal lui aussi court et s'emballe. (D’après le catalogue Cinéma du réel 2010)

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