les yeux d'oc

La Chine est encore loin

La Chine est encore loin

Dans un village perdu des Aurès, à Tiffelfel, près de Ghassira, les enfants de l'école jouent sans souci du passé. Ce fut là, en 1954, qu'éclata la guerre d'Algérie, après le meurtre d'un instituteur français. Dans ce lieu chargé d'histoire, de rébellion, rien ne semble avoir changé depuis cinquante ans et les cours continuent à se dérouler selon un calendrier immuable. Les garçons font parfois l'école buissonnière. L'instituteur principal s'acharne à leur enseigner les mathématiques, à leur inculquer un sentiment national, à leur rappeler l'histoire de leur pays. Parfois, il sévit en leur tapant sur les doigts avec une règle, mais ils sont peu attentifs. Ils se réveillent au cours de français. Probablement ressentent-ils là, en apprenant une langue étrangère ou semi étrangère, une sorte d'ouverture sur le monde. La caméra s'attarde sur les visages éclatants de vie des enfants, filme le village pauvre, la lumière et la beauté rude de ces paysages grandioses, cerne des personnages singuliers : le vieux guide poète qui déambule sur les chemins en chantant ou en maugréant, la femme de ménage qui semble soumise et qui, à la fin, se raconte. Car, si les enfants ignorent l'histoire, les témoins ou les acteurs de l'attentat gardent une mémoire vivace des événements. Les images expriment une vitalité pleine d'espoir et de rêves, montrent avec justesse la réalité complexe d’un pays, l’Algérie, enfermé dans ses contradictions.