les yeux d'oc

Himself he cooks

Himself he cooks

Le Temple D'Or d'Amritsar situé en Inde du Nord à la frontière avec le Pakistan est un haut lieu du sikhisme. On y pratique le Langar. Pour les Sikhs, il s'agit de la cuisine commune placée dans un temple où tout un chacun peut venir se sustenter. Plus de 100.000 repas financés par des donateurs y sont préparés et servis quotidiennement par des centaines de bénévoles qui effectuent ainsi le Sewa ou Seva (le Service désintéressé), acte gratuit que de nombreuses religions orientales et notamment indiennes préconisent. La nourriture offerte dans cette gigantesque cantine est végétarienne, car elle permet à tous de manger. Par principe d'égalité, le Langar est ouvert aux Sikhs comme aux non-Sikhs. Le film sans commentaire laisse la parole aux gestes et à l'ample chorégraphie des mouvements et des couleurs qui habitent ce lieu sacré et envoûtant. Nous sommes immergés dans ce rite de la nourriture sacrée et divine dont la philosophie est le bannissement de toute distinction entre les classes sociales, les castes, le sexe, la couleur, les croyances et l'âge des convives. Des hymnes sacrés, le bruit de la vaisselle en acier, la préparation des aliments dans d'énormes marmites, tout cela crée une symphonie étrange et hypnotique. Le monde rassemblé pour le partage, la nourriture qui unit les êtres, aussi bien dans sa préparation que dans son ingestion, le nettoyage de l'innombrable vaisselle, tout s'inscrit dans le religieux au sens fort du terme, à savoir le lien entre les individus dans une communion. Ici le travail est fait de chaînes humaines. Parfois la caméra s'attarde sur un visage tandis que le flot des images est une ode aux gestes et à l'eau, omniprésente. Ainsi «Himself he cooks», réalisé par un couple de réalisateurs, dont l'une vient du milieu du cinéma et l'autre de celui de la cuisine, nous initie-t-il de manière originale et inattendue à la spiritualité sikh.