les yeux d'oc

Walden

Walden

À travers un ensemble de plans panoramiques à 360°, "Walden" documente le transport du bois de la forêt autrichienne à la jungle amazonienne. Ces treize plans ont une durée à peu près équivalente, entre sept et dix minutes. Chacun balaie le paysage de gauche à droite ; leur rythme identique permet de les raccorder les uns aux autres en un même mouvement lent et paisible d'une heure et quarante cinq minutes. S'ils ne sont pas sans prendre un caractère hypnotique, les mouvements de caméra automatisés et uniformes, qui placent "Walden" aux côtés d'autres gestes structurels radicaux, comme ceux de Michael Snow dans "La Région centrale" (1971), relèvent d'une mécanique de précision inouië : tout en laissant le temps et la liberté au spectateur d'explorer les signes et les recoins de l'image, ils confèrent également une qualité chorégraphique, soutenue par un montage son élaboré, aux trajets qui entrent dans son champ : ceux d'un camion ralentissant à l'entrée d'une aire d'autoroute, d'un cargo massif à la sortie d'un port européen, ou d'une pirogue dans les eaux d'une mangrove amazonienne. Car il s'agit bien d'un film narratif, d'une histoire occidentale dont elle adopte d'ailleurs le sens de lecture. Imaginez, pour motiver un trajet d'une forêt autrichienne à une jungle brésilienne, la raion la plus aberrante qui soit : importer du bois - et vous vous ferez une idée de l'humour et de l'éloquence qui habitent le film. (Extraits du catalogue du festival Cinéma du réel 2019)